P/1006, pionnière des Ford GT40, en vente chez Broad Arrow Private Sales !

La Ford GT40 demeure l’un des monuments absolus de l’endurance moderne, et l’histoire de sa genèse constitue l’un des récits les plus célèbres du sport automobile. La victoire de 1966 au Mans, devenue mythe, n’aurait jamais été possible sans les années d’apprentissage, d’échecs, d’obstination et de progrès qui la précédèrent. Le châssis P1006, présenté ici dans sa livrée Linden Green conforme à l’origine, appartient précisément à cette période fondatrice : celle où Ford Advanced Vehicles, sous la direction de John Wyer, forgea les bases de la domination américaine à La Sarthe.

Né en juin 1965, P1006 est l’un des cinquante‑six GT40 Mk I construits pour le Championnat du monde des voitures de sport. Son dossier de production confirme qu’il fut le premier exemplaire doté du nouveau nez « Le Mans », une évolution stylistique et aérodynamique qui marquera durablement la lignée. Engagé officiellement par F.A.V. aux 24 Heures du Mans 1965, il est confié à Innes Ireland et Sir John Whitmore, auteurs du dixième temps en essais. La course, d’une brutalité rare, ne laisse que quatorze voitures à l’arrivée. P1006 se montre solide durant cinq heures avant de céder sur un joint de culasse, non sans avoir été la dernière GT40 Mk I encore en piste. Wyer lui‑même, dans A Certain Sound, souligne que son équipe devançait encore la seule Mk II survivante au moment de l’abandon.

Après Le Mans, P1006 poursuit son rôle de voiture de développement. Aux essais de Monza en septembre 1965, il couvre plus de 5 600 km avant de sortir de piste à la suite d’une défaillance d’étrier. Contrairement à une erreur longtemps répétée dans la littérature, le châssis n’est pas détruit : les rapports d’époque confirment des dommages localisés et une réparation rapide. Cette confusion, née d’une attribution erronée dans l’ouvrage de Ronnie Spain en 1986, a été officiellement rectifiée dans son livre de 2024, rétablissant la vérité sur l’intégrité de P1006.

Retiré du programme d’essais, le châssis reste chez F.A.V. puis passe sous la bannière de J.W. Automotive Engineering en 1967. Il est vendu peu après à Terry Drury, qui l’habille d’une carrosserie aluminium Alan Mann et l’engage sans prendre le départ à Silverstone et Zeltweg. Revendu en 1969 à Dennis Leech, il connaît un parcours similaire à Thruxton avant de demeurer en Angleterre, où il reçoit l’immatriculation MEJ 460J, toujours en vigueur. En 1978, une restauration complète est confiée à John Etheridge, spécialiste GT40, restituant la configuration Le Mans 1965 et la teinte Linden Green. La voiture rejoint ensuite brièvement le Midland Motor Museum.

Acquis en 1993 par son propriétaire actuel, un collectionneur français, P1006 disparaît presque totalement de la scène publique pendant trois décennies, tout en demeurant à quelques kilomètres du circuit qui l’a vu naître. En 2013, il bénéficie d’une restauration approfondie chez ATS Le Mans Workshop en vue du Goodwood Revival, où il participe au Whitsun Trophy avec Henri Pescarolo au volant. Il est ensuite sélectionné pour le Concours Le Mans Heritage Club en 2016 et exposé au Musée des 24 Heures en 2023, témoignant de la reconnaissance croissante de son importance historique.

Un FIA Historical Technical Passport délivré en septembre 2025, valable jusqu’en 2035, confirme sa conformité aux spécifications d’époque : moteur Ford 4,7 litres portant les numéros C6FE‑6015‑E et C6FE‑6090‑A, boîte ZF 5‑DS25‑0, tous installés après sa carrière mais rigoureusement corrects. Son dossier d’accompagnement est d’une richesse rare : fiche de production F.A.V., correspondances de Ronnie Spain, archives photographiques, factures de restaurations des années 1980 et 2013.

Mis en vente par la division vente privée de chez Broad Arrow Auctions, P1006 représente une opportunité rare de se procurer un modèle exceptionnel dans l’histoire de l’automobile. Testé récemment au Circuit de La Sarthe, P1006 fonctionne parfaitement à rythme mesuré, reflet du soin constant apporté par ATS. Une préparation spécifique serait toutefois recommandée pour un engagement en compétition historique, domaine auquel il demeure pleinement éligible.

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