Bonhams Motoring - Une Lamborghini Miura en tête d'affiche de la vente du Zoute !

Lorsque Ferruccio Lamborghini dévoile la Miura au Salon de Genève en 1966, le monde de l’automobile découvre bien plus qu’une nouvelle voiture de sport. À l’époque, seules les voitures de course et l’obscure Bonnet/Matra Djet adoptent le moteur central, et la référence routière de Ferrari reste la 275 GTB à moteur avant. Le magnat des tracteurs, qui défiait Maserati et Ferrari depuis 1964 avec sa 350 GT, frappe alors un grand coup avec une voiture que beaucoup considèrent comme la fondatrice de la catégorie des supercars. Son nom vient de Don Eduardo Miura, célèbre éleveur de taureaux de combat, un clin d’œil à l’emblème de la marque. Dessinée par Gian Paolo Dallara, elle abrite un V12 de 4,0 litres conçu par Giotto Bizzarrini, monté en position centrale transversale dans un châssis plateforme à caissons, et habillée d’une carrosserie signée Marcello Gandini chez Bertone. Avec 350 chevaux et une vitesse maximale annoncée de 300 km/h, elle a été mesurée à plus de 275 km/h lors d’essais indépendants, ce qui en faisait la voiture de série la plus rapide du monde.

Le succès dépasse tous les pronostics : alors que Lamborghini n’attendait que vingt ventes la première année, 105 voitures sont livrées en 1967. Après la 125e voiture, l’épaisseur de la tôle du châssis passe de 0,9 à 1 mm, et le cuir devient disponible à partir d’avril 1968. La version S, pour spinto (« poussée »), présentée à Turin en 1968 et produite à partir de janvier 1969, reçoit un moteur de 370 chevaux, des pneus plus larges, une transmission plus silencieuse, des lève-vitres électriques et un échappement revu qui libère de la place pour les bagages. Les dernières P400S bénéficient de disques de freins ventilés, qui réduisent sensiblement le fading : environ 114 exemplaires seulement ont été construits avant l’arrivée de la SV en 1971, sur un total de 338 Miura S.

L’exemplaire proposé à Knokke-Heist appartient à cette dernière série. Il s’agit d’une P400S de 1970, châssis 4578, numéro de moteur 30534 et numéro de carrosserie 633, qui a conservé son moteur et sa carrosserie d’origine. D’après les archives de l’usine, elle a été livrée neuve le 30 mai 1970 à l’agent suisse Garage Foitek, à Zurich. Sa couleur d’origine fait cependant débat : les registres de l’usine la mentionnent en Bianco avec intérieur Nero, tandis que ceux de Bertone, ceux d’Ubaldo Sgarzi, directeur commercial, et ceux du pilote d’usine Enzo Moruzzi indiquent Arancio Miura avec cuir noir. Cette dernière hypothèse est donc jugée la plus probable. Pour compliquer l’affaire, une copie de ce qui semble être la facture d’origine, datée du 2 juillet 1970, est établie au nom du baron Emmanuel « Toulo » de Graffenried, pilote suisse devenu concessionnaire, pour 54 500 francs suisses. Elle décrit la voiture comme neuve et rouge, sans que l’on sache qui l’a émise.

Entre 1985 et 1995, la voiture a appartenu à un résident de Zurich, dont le titre suisse est conservé en copie. Elle a ensuite été annoncée puis vendue à son propriétaire actuel fin 2014 ou début 2015 par le Martini Garage, en Allemagne, qui l’avait fait expertiser le 3 décembre 2014 par Valentino Balboni, légendaire pilote d’essai de Lamborghini ; la facture de cette inspection figure au dossier. La voiture a depuis été repeinte en jaune Giallo, il y a quelques années, mais elle conserve son habitacle d’origine, dont la patine a été attestée par Balboni. Longtemps restée en exposition statique, elle nécessitera une remise en route mécanique avant de reprendre la route, même si elle a été démarrée avant la vente avec l’aide du mécanicien de la maison. Elle est livrée avec un pare-brise de rechange neuf et un dossier historique réunissant les documents cités. Bonhams y voit soit une Lamborghini à profiter après remise en route, soit une base idéale pour la ramener à l’une des plus belles teintes d’époque, l’Arancio Miura.

Ce lot figure au catalogue de la Zoute Sale, organisée par Bonhams Cornette de Saint Cyr le dimanche 11 octobre 2026 au Grand Casino de Knokke-Heist, en Belgique, les voitures étant mises aux enchères à 14 heures. Il fait partie de la collection des frères Keller et porte le numéro 131. Il est estimé entre 1 600 000 et 2 000 000 d’euros, et proposé sans prix de réserve.