Chef d'oeuvre de Pininfarina, une Ferrari Dino 206 berlinetta prototype prochainement proposée à la vente.
La lignée Dino naît d’une idée simple et visionnaire : celle d’un moteur V6 léger destiné à la compétition. Au milieu des années 1950, Alfredino Ferrari convainc son père de développer un bloc compact pour la Formule 1, et le moteur qui en découle, baptisé en son honneur, permet à Ferrari de remporter le championnat pilotes 1958 puis le championnat constructeurs 1961. Adapté ensuite aux prototypes Dino S et SP, ce V6 devient l’un des symboles techniques de la marque. En 1965, Pininfarina explore l’idée d’une Dino routière avec la Berlinetta Speciale, concept spectaculaire présenté au Salon de Paris, mais dépourvu de mécanique et d’ergonomie viable. Treize mois plus tard, au Salon de Turin 1966, le projet franchit une étape décisive avec un prototype entièrement fonctionnel : la Dino 206 Berlinetta qui annonce directement la future Dino 206 GT, premier modèle routier de la lignée et l’une des Ferrari les plus influentes de la fin des années 1960.
Le châssis 00106, présenté à Turin, est le second prototype du programme Dino. Construit sur un cadre tubulaire de type 599 Dino 206 S, initialement numéroté 020, il adopte une architecture mécanique encore très proche de la compétition, avec un V6 type 135 B monté longitudinalement — une configuration qui ne sera pas retenue pour la production, mais qui témoigne de l’approche expérimentale du projet. Son design signé Aldo Brovarone évoque clairement la 365 P “Tre Posti”, dévoilée un mois plus tôt, avec une silhouette fluide, un long pont arrière, un toit plongeant et un museau effilé. Peint en Fly Giallo, doté de phares carénés, d’une bouche ovale et d’un arrière à flying buttresses, ce prototype corrige les limites ergonomiques de la Berlinetta Speciale et préfigure directement la Dino 206 GT, avec davantage d’espace intérieur, des vitres sans déflecteurs et des butoirs avant qui seront repris sur la version de série.
Son apparition à Turin attire immédiatement l’attention des journalistes et des historiens : la voiture est photographiée dans au moins cinq ouvrages majeurs, dont ceux d’Angelo Tito Anselmi, Michael Frostick, Doug Nye et Antoine Prunet, et figure également dans Dino – Les Autres Ferrari de Jean‑Pierre Gabriel. Officiellement datée de décembre 1966, elle est vendue début 1967 à Tullio Lombardo, puis passe entre les mains de collectionneurs influents tels que Charles Betz, Fred Peters, Harold Austin et le Dr Eli Mishuck. En 1970, elle est acquise par Carle Conway, président du Ferrari Club of America, qui la conserve seize ans et la fait repeindre en gris métallisé en 1974. En 1986, elle part en Afrique du Sud chez Howard Cohen, qui l’utilise en rallyes avant de déménager au Canada. En 1993, Michael Sheehan supervise une restauration respectueuse et présente la voiture au Pebble Beach Concours d’Elegance. Elle rejoint ensuite une collection internationale de tout premier plan, où elle demeure vingt‑cinq ans dans un environnement contrôlé, avant d’être vendue en 2018 à son propriétaire actuel, qui l’expose notamment au Petersen Automotive Museum en 2021.
Témoin direct de la naissance des Ferrari Dino et doté d’une histoire limpide, ce châssis 00106 représente une opportunité rare pour un collectionneur de devenir propriétaire d’un morceau d’histoire de l’ingénierie Ferrari. Il sera présenté lors de la vente RM Sotheby’s de Monterey, programmée du 13 au 15 août 2026, où il devrait se disputer pour un tarif compris entre 3 et 3,5 millions de dollars.
Copyright ©RM Sotheby’s
Plus d’informations sur le site internet de RM Sotheby’s.